BANDE DESSINÉE PEINTURE DESSIN
M I C H E L S O L L B E R G E R UN ESPACE DE LIBERTÉ
Un regard intérieur
"Kandinsky a très tôt amorcé le débat: celui de la légitimité de la forme
comme propos pictural, face au sacro-saint motif, voisin du sujet, et petit
cousin de la chose ressemblante. Dès 1905, la figuration moderne sort à
peine des limbes, et Monsieur Kandinsky met un point à la ligne. Le
propos n'est pas de figurer ni de défigurer: il est de peindre. Georges
Braque exprime une philosophie comparable dans son fameux: " Écrire
n'est pas décrire, peindre n'est pas dépeindre ".
Il me paraît que le figuratif a l’ œil ouvert sur l'extérieur. L'abstraction est
un regard intérieur. Lorsque vous regardez une fenêtre ouverte dans le
soleil et qu'aussitôt après, vous fermez les yeux, l'image contrastée de
la fenêtre s'imprime fugitivement sur votre rétine, puis disparaît, et
réapparaît et disparaît à nouveau, pour se modifier, se perdre, revenir,
disparaître enfin. Ce regard intérieur est une quête presque éperdue,
angoissante et libératrice à la fois.
Ma démarche en peinture est proche de ce regard, les yeux clos, à la
recherche d'une forme presque insaisissable. Cette "camera oscura" de
l'âme qui veut un bref instant comme fixer l'insaisissable. Lorsque je
contemple une toile qui m'envahit de bonheur comme par exemple
"Fleurs et céramique" lors de ma dernière visite à la fondation Beyeler à
Bâle sur Matisse, elle s'imprime profondément en moi. Mes yeux sont
clos sur ce "bleu hypnotique". La toile ainsi apparaît, puis disparaît et
réapparaît enfin avec cette ultime effroi: "Elle pourrait ne plus être, ne
plus revenir à la lumière, disparaître à jamais".